Chroniques littéraires
AVIS DÉPOSÉS SUR BABELIO
Je me suis déjà aventuré dans des écrits de Christian Gastou. Ce fut chaque fois un plaisir, entre autres avec sa poésie et sa SF. le dernier que j'avais lu, « Motu'Ora » avait été un régal par son mélange de Fantasy et de SF qui m'avaient remis en mémoire des romans de Jack Vance ou de Megan Lindholm (quand Robin Hobb signait de ce nom).
L'auteur réitère ici le brassage des genres ou plutôt se promène à la frontière de plusieurs. Et le résultat est superbe : j'ai dévoré le livre en une soirée et un début d'après-midi.
Le thriller psychologique et le polar sont dans mes lectures préférées, mais je ne les apprécie que lorsque l'histoire ET les personnages sont suffisamment creusés et crédibles. Or, c'est le cas ici.
Prenez un groupe de rock (fictif comme dans « This Is Spinal Tap » de Rob Reiner) à la gloire éteinte, un groupe brisé dont les membres se sont séparés, mais un groupe qu'une ex-fan, Élise Mauran, devenue millionnaire grâce aux jeux, veut réunir 30 ans plus tard pour leur faire enregistrer un nouvel album.
Le lieu est celui d'un huis clos, une île, façon « Shutter Island », immense rocher perdu en mer, battu par une tempête furieuse qui n'était pas prévue lorsque tout avait été préparé voici des mois déjà.
Les derniers à arriver dans ce « refuge », accessible en hélicoptère, sont le couple Ricksen. Lui, c'est Bruce, bassiste et chanteur, leader charismatique, mais odieux et pervers. Elle, Jane, son épouse, éteinte et sous sa coupe, chanteuse, harpiste, flûtiste.
Le reste du groupe comporte Peter, Jason, John, Lola. Clavier, basse, chant. Ils sont venus, ils sont tous là, mais pour la plupart en triste état, parfois encore dans la boue.
S'y ajoutent les deux hommes à tout faire de Miss Mauran. D'abord Noa, muet, mais attentif, qui s'occupe de toute la partie intendance et service. Puis Arthur, régisseur, majordome et responsable de la sécurité.
Voici les bases, ce que l'auteur nous dévoile d'un trait de pinceau déjà précis, qui fait se poser des questions.
C'est rock, sauvage, brut et brute à la fois. On marque ses détestations, ses interrogations, ses hésitations, sa compassion parfois alors que s'étale page après page la réalité : celle d'il y a trente ans, tout à la gloire des BMA (Black Moon Angels), celle d'aujourd'hui, tout à leur déchéance et ce qui va apparaître peu à peu avec un de leurs derniers concerts à Amsterdam.
La force du récit est soutenue par toute absence de verbiage inutile (ce qui avait quelque peu reproché au film The Big Knife de Robert Aldrich, et en ajouter plus ici aurait nuit, me semble-t-il, audit récit), mais de parvenir à tout concentrer en seulement 5 jours de conflits et de drames pour ces neuf personnages, dont le caractère et l'histoire vont se préciser à chaque chapitre.
Là où j'ai exulté, c'est en découvrant dans ce roman – un one-shoot – ce que j'apprécie le plus : un scénario façon Alfred Hitchcock, avec un petit grain d'Agatha Christie, avec une mise en forme qui s'apparente au théâtre shakespearien et racinien, comme son Iphigénie pour ce dernier (si vous ne le connaissez pas, essayez de voir le film éponyme de Michael Cacoyannis).
Le décor, cette île isolée, cette tempête qui la laisse à l'écart du monde durant ces quelques jours, ne sont qu'un prétexte au huis clos. L'important, le primordial, dirais-je, est dans les personnages et les événements ; ce que l'auteur réussit parfaitement à nous faire comprendre très vite.
Quand on referme ce livre, après avoir été emporté et giflé par les drames, il reste un goût amer, celui que nous livre malheureusement la réalité que nous vivons et dans laquelle notre société nous laisse baigner. Peut-on réparer, prendre conscience, se faire pardonner et pardonner l'indicible et l'horreur commise ?
Et les questions se bousculent d'autant plus dans notre tête de lecteur que l'actualité nous rappelle sans cesse les ignominies que cette histoire nous jette au visage et essaie de mettre à bas, sans jamais donner dans l'excessif ou la caricature, uniquement la terrible cruauté des humains, et parfois leur contrition ou leur tentative de se racheter pour les uns, leur aide, leur compréhension et leur soutien pour les autres.
Ce qui m'a conforté dans une agréable réalité littéraire : celle de savoir qu'il existe d'excellents livres chez des petits éditeurs et qu'il serait dommage de les rater.
Merci à Yumiko d'avoir publié cette chronique sur son blog "évasions littéraires" sur Babelio et sur ses réseaux sociaux.
Avis:
Je dois dire que quand j’ai découvert la couverture de cet ouvrage chez « 5 sens éditions », j’ai tout de suite eu envie de lire la quatrième de couverture et de voir de quoi il retournait. Cette dernière a fini de me convaincre que cette histoire pourrait me plaire et je me suis lancée dans sa lecture avec curiosité.
Nous faisons la connaissance des anciens membres d’un groupe de rock, les Black Moon Angels, qui vont se retrouver, après des années de séparation, sur une île dans un étrange fort transformé en studio par une riche mécène. Cette dernière qui était une groupie quand ils étaient au sommet de leur gloire, a décidé de tout faire pour les réunir afin qu’ils enregistrent un album de reprises.
Mais ces retrouvailles ne vont pas se passer sans heurt car les membres sont loin d’être encore proches et de sombres secrets sont venus secouer leurs relations. Aussi, cette réunion va se compliquer au fil des heures et devenir de plus en plus houleuse, nous permettant de constater à quel point les protagonistes ont sombré au fil des ans, tout en nous posant beaucoup de questions quant à ce qui les a conduit jusque-là.
Pourquoi Elise a tant tenu à les réunir ? Que cherche-t-elle à faire ? Quelle est donc cette mystérieuse chanson qu’ils ne connaissent pas encore ? Alors que nous nous posons plein de questions, différents éléments commencent à être semés au fil de l’histoire qui viennent secouer les membres du groupe et nous font entrevoir l’horreur qui a pu se passer et les excès par lesquels ils sont passés.
Chacun a essayé de se construire comme il pouvait après ce drame qui est venu changer leurs vies à jamais. Même si certains ont été plus touchés que d’autres… Nous allons donc en apprendre un peu plus sur chaque membre et surtout haïr très vite l’un d’eux.
L’auteur nous embarque facilement dans son histoire et nous suivons avec intérêt ses personnages que nous nous prenons à apprécier et détester en même temps, même si certains nous touchent réellement. Ils nous font passer par toutes les émotions au fil des révélations qui nous conduisent vers une vérité glaçante et qui donne envie de tout casser.
Le fil rouge est vraiment passionnant et extrêmement bien ficelé au niveau des rebondissements et de l’enchaînement des événements. Il vrai que j’avais entrevu une bonne partie de la conclusion, mais même si cette dernière est venue confirmer ce que je pensais sur ce qui s’était passé et sur le rôle des protagonistes, je n’ai pas été déçue pour autant, car l’auteur nous offre des personnages à la psychologie travaillée et un récit qui l’est tout autant.
Ainsi, j’ai dévoré cette histoire, voulant en apprendre toujours plus afin de remettre en place toutes les pièces de ce puzzle sombre et qui rappelle que star ou non, il est des comportements qui ne devraient jamais être tus ou conduire à un détournement du regard.
Cette histoire m’a donc touchée de part le propos abordé, même si nous nous sentons bien inutiles et horrifiés de voir les choses se dérouler sous nos yeux et de ne pas pouvoir intervenir. D’ailleurs, le fait que personne ne soit intervenu et que cela devienne presque un événement normal pour tout le monde est bien la pire partie de ce roman…
Difficile de ne pas se rendre compte à quel point cela est malheureusement trop vrai au quotidien dans notre société… Il suffit de voir ce qu’il se passe sur les réseaux sociaux entre autres. Cette histoire nous fait donc réagir, mais surtout parce qu’elle montre une fois de plus la réalité de la banalisation de certains comportements et de certains excès. Il faut vraiment que cela s’arrête !
En bref, j’ai été emportée par cette histoire qui m’a autant touchée qu’horrifiée et je ne peux que vous conseiller de lire au plus vite ce roman et, surtout, de ne jamais banaliser ce genre de comportement ni de détourner le regard.
Chronique littéraire de Deckm sur Babelio
Message nocturne !
Je termine à l'instant Les anges de la lune noire, que j'ai commencé à lire ce soir. Lu d'une traite, c'est proprement captivant. écriture magnifique, trame qui intrigue avec une ouverture de roman qui m'a rappelé les 10 petits nègres, sujets profonds et qui poussent à la réflexion.
Bravo, et merci.
Vivement le prochain!
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